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Vendredi 17 Juillet 2020 - Photo Getty Images

Disparition de Zizi Jeanmaire, inoubliable interprète de "Mon truc en plumes"

Ballerine, chanteuse, meneuse de revue et comédienne, elle avait 96 ans.
La ballerine et chanteuse de music-hall Zizi Jeanmaire, connue pour son "Truc en plumes" et dont la carrière est étroitement liée à celle du chorégraphe Roland Petit, est décédée vendredi à 96 ans, a annoncé sa famille à l'AFP.
"Madame Valentine Petit a la profonde tristesse d’annoncer le décès de sa mère, Madame Zizi Jeanmaire survenu le 17 juillet 2020. (Elle) s’est éteinte paisiblement à son domicile en Suisse", a-t-elle fait savoir dans un communiqué transmis par son avocate.

Le nom de Zizi Jeanmaire ne provoquait peut-être plus que des points d’interrogations dans les yeux des moins de 60 ans, il fut pourtant un temps où elle faisait tourner les têtes de tous ces messieurs avec son “Truc en plumes” : “Plumes de zoiseaux, de z’animaux/Mon truc en plumes, C’est très malin/Rien dans les mains, tout dans l’coup d’reins.”
 
Née le 29 avril 1924 à Paris, Renée Jeanmaire, dite Zizi, a promené ses jambes gainées de noir, ses plumes et ses paillettes sur les scènes du monde entier, bouleversant les frontières traditionnelles de la danse, de la chanson et du music-hall. Malicieuse, enthousiaste et travailleuse acharnée, elle a exploré le ballet, la comédie musicale, le théâtre, le récital, la télévision, la revue, mêlant les genres avec jubilation, sans jamais perdre sa rigueur de danseuse de formation classique, chevillée au corps.
 
Sa carrière est étroitement liée à celle de Roland Petit, l'un des plus grands chorégraphes français et l'homme de sa vie, décédé en 2011. Ils se rencontrent pour la première fois en 1933. Âgés de 9 ans tous les deux, ils sont élèves de l'école de danse de l'Opéra de Paris. 

À 19 ans, le Petit rat à l’Opéra de Paris claque la porte de l’Opéra Garnier. J’ai démissionné un peu sur un coup de tête, expliquait-elle, parce que j’étais arrivée troisième à un examen alors que je pensais être première....On rêvait d'aller voir le monde... j'avais envie de gloire, d'être reconnue avec autre chose que Giselle, l'héroïne d'un grand ballet romantique. Sans fausse pudeur ni modestie, je dois avouer que jamais je n'ai eu de doute sur ma carrière

Elle travaille un temps à Hollywood et à New York et c'est le producteur Sam Goldwyn qui lui conseille de garder comme prénom de scène "Zizi", mot qu'elle répétait ("Mon zizi") quand sa mère l'appelait "Mon Jésus".

Après un passage par les Ballets de Monte Carlo, elle a rejoint les Ballets des Champs-Élysées créés en 1945 par Roland Petit avant de partir à l’aventure en sillonnant le monde.
Au sein de cette dernière compagnie, Zizi s'illustre dans Carmen en février 1949, dans la chorégraphie de Roland Petit étonnamment moderne et audacieuse. Cette Carmen aux cheveux à la garçonne - coiffure que Zizi ne quittera plus -, brûlera les planches à Paris, à Londres, à Broadway (sept mois à l'affiche), suivi en 1950 de La Croqueuse de diamants, toujours sur une chorégraphie de Petit, chansons de Raymond Queneau

Le réalisateur-producteur Howard Hughes, nouveau patron de la RKO, la repère et la fait venir à Hollywood où elle tourne dans Hans Christian Andersen et la Danseuse (1952)  aux côtés de Danny Kaye, Roland Petit réglant quant à lui les chorégraphies.

De retour à Paris, elle se brouille avec Petit et quitte les Ballets de Paris pour jouer à Broadway la comédie musicale The Girl in Pink Tights (1954). Jeanmaire, comme l'appellent simplement les Américains, part ensuite pour Hollywood où elle recroise Petit qui vient d'achever la chorégraphie de Dady Long Legs (1954) avec Fred Astaire et Leslie Caron (qui avait fait ses débuts avec Petit dans les Ballets des Champs-Élysées).

Réconciliée avec Roland Petit,Ils se marient en 1954 et ont une fille Valentine.
Zizi sera désormais au cœur de toutes les créations du chorégraphe.

A l'Alhambra, en 1961, elle triomphe avec la chanson "Mon truc en plumes" de Bernard Dimey et Jean Constantin, un superbe numéro de music-hall que j'ai présenté dans le monde entier et qui est probablement l'un des plus beaux du genre, avait-elle commenté.

Elle monte sur les planches notamment dans La dame de chez Maxim, donné plusieurs centaines de fois entre 1965 et 1966. Quand je jouais cette pièce, on ne comprenait pas que j'aille tous les matins au cours de danse: mais pour moi, c'était la base, je savais que je serais en pleine forme le soir, assurait-elle. 

La danseuse interprète en 1966 Le jeune homme et la mort aux côtés de Rudolf Noureev pour une version filmée puis continue à se produire dans des revues flamboyantes, comme "La Revue" et "Zizi je t'aime" au Casino de Paris, reprise par le couple Petit-Jeanmaire en 1970. Roland Petit fonde ensuite la compagnie des Ballets de Marseille. 

Zizi Jeanmaire restera une figure emblématique du music-hall auquel elle va consacrer désormais, hormis quelques incursions au théâtre et au cinéma, l'essentiel de sa carrière 

Dans les années 80, elle continuait à se produire à 75 ans passés avant d’être contrainte à la retraite en raison de sévères problèmes d’audition.

A 85 ans passés, son "port d'attache" demeurait l'Opéra de Paris: je connais tous les danseurs, tout ce qui s'y passe. Et je continue à vivre, maintenant que je ne monte plus sur scène, à travers ça, confiait-elle.

Les plus grands se sont mis à son service. C’est le cas de Serge Gainsbourg, de Barbara, de Guy Béart et de Raymond Queneau qui ont écrit pour elle, tandis qu’Yves Saint Laurent l’a habillée pendant des décennies.

Boris Vian disait qu'elle avait des yeux à vider un couvent de trappistes en cinq minutes ou encore une voix comme on n'en fait qu'à Paris.

Les obsèques de Zizi Jeanmaire auront lieu dans l'intimité mais un hommage lui sera rendu en septembre en l'église Saint-Roch, la paroisse parisienne des artistes, a indiqué son entourage.