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Roberto Alagna dans Pagliacci/Photo Ennevi

​Cavalleria Rusticana - Pagliacci aux Arènes de Vérone

Depuis son arrivée à la direction artistique des Arènes de Vérone, Cécilia Gasdia peut s'enorgueillir d'avoir fait venir ou même revenir tout ce que l'art lyrique comporte de têtes d'affiche avec cette année pas moins - et entre autres - que Placido Domingo et Jonas Kaufmann dans deux soirées entièrement dédiées aux célèbres ténors.
Si traditionnellement Aïda et Nabucco restent les "fers de lance" de ce lieu emblématique de l'art lyrique, ce sont également cette année Cavalleria rusticana et Pagliacci qui remportent un succès considérable avec des distributions où se succèdent des voix toutes plus belles et intéressantes les unes que les autres. Le 31 juillet pour sa première prestation et apparition aux Arènes de Vérone Roberto Alagna avec Aleksandra Kurzak formaient le couple idéal pour ces deux ouvrages où ils apparaissaient tous les deux, ce qui relevait de l'exploit particulièrement pour Aleksandra Kurzak dans deux rôles aux couleurs assez dissemblables.
Au vu de l'enthousiasme incroyable suscité par Roberto Alagna, Cécilia Gasdia avait décidé de réitérer ce succès en programmant, de manière exceptionnelle, le 14 août le ténor français à nouveau dans ces deux ouvrages. 
En pénétrant dans les Arènes on est frappé de constater que le chœur est situé sur les gradins latéraux coté jardin, masqué bien entendu (signalons à cet égard les précautions hors normes demandées aux spectateurs)
Dans Cavalleria rusticana le village sicilien est immédiatement reconnaissable avec sa façade d'église et la taverne sur deux plans séparés. Les projections en noir et blanc (comme les costumes) traduisent l'atmosphère si particulière et si oppressante de ce huis clos du drame tiré par Mascagni de la nouvelle de Giovanni Verga. Dans une scénographie qui oscille entre la tragédie grecque et le cinéma néo-réaliste la mise en scène de Michele Olcese reste néanmoins traditionnelle recréant cette ambiance de village du sud de l'Italie ponctuée par une intrigue rude et à l'ambiance très imprégnée par le caractère religieux de cette fête de Pâques. De la distribution retenons sans réserve la Santuzza de Maria José Siri qui possède tous les atouts musicaux pour incarner cette malheureuse héroïne : voix ample capable de moduler toutes les nuances et toutes les émotions pour exprimer la détresse de son personnage. Alfio est confié à Ambrogio Maestri qui connaît parfaitement les aspérités de ce personnage fruste qu'il s'est approprié avec un certain succès depuis de nombreuses années. La mamma Lucia de Agostina Smimmero recueille quant à elle des applaudissements personnels mérités tout comme la Lola de Clarissa Leonardi. 
Le Turiddu tout en retenue vocale de Roberto Alagna enflamme le public des Arènes par la beauté de son timbre, sa diction absolument unique et cette projection si caractéristique.
Véritable orfèvre et grand triomphateur de la soirée Marco Armiliato alterne les moments sombres de cet opéra avec des passages d'un lyrisme irrésistible dans l' « Intermezzo » et insuffle la violence orchestrale nécessaire pour soutenir le personnage ambigu de Turiddu dont le metteur en scène fait alterner les moments de brutalité avec ceux de pitié à l'égard de Santuzza que l'orchestre souligne avec la maîtrise qu'on lui connaît. 
Comme un contrepoint à ce noir et blanc de Cavalleria rusticana de Mascagni, après l'entracte, c'est toute la couleur et l'exubérance fellinienne que l'on retrouve dans Pagliacci de Leoncavallo que Michele Olcese transporte sur les plateaux de Cinecittà avec de nombreuses références au film Les clowns où l'on retrouve toute la volubilité de l'univers cinématographique de Federico Fellini et de ses nombreux personnages qui défilent pour la circonstance.
Les conditions de chaleur étouffante régnant dans les arènes laissent entrevoir pour le Tonio de Ambrogio Maestri quelques petits signes de fatigue dans le prologue du deuxième ouvrage. Roberto Alagna retrouve en Canio un rôle dans lequel nous l'avions déjà apprécié au Théâtre Antique d'Orange et à l'Opéra de Vienne. Après plus de trente années de carrière on ne peut que saluer sa prestation où se conjuguent sens du théâtre et engagement vocal. On a en outre découvert la Nedda de Valeria Sepe dont les atouts de comédienne et de chanteuse ont illuminé la soirée et, en particulier, dans son duo avec le Silvio de Mario Cassi qui fut en tous points remarquable. Le Beppe de Matteo Mezzaro chante sa romance d'Arlequin avec art et comme pour Cavalleria rusticana, les choristes placés dans les gradins nous ont fait regretter leur présence sur scène où ils sont remplacés par de nombreux figurants. Ce parti pris ne parvient pas à satisfaire totalement la cohésion requise pour cet ouvrage. La direction de leur chef Vito Lombardi toujours soutenue efficacement par l'Orchestre des Arènes sous la baguette de Fabio Armiliato permet cependant d'obtenir toutes les finesses et les harmonies d'un ensemble sans cesse plébiscité aux Arènes et élément incontournable du Festival. 

Christian Jarniat
14 aout 2021









































































Christian Jarniat 
14/8/2021

Cavalleria Pagliacci 
Arènes de Vérone 14/8/2021


Direction musicale : Marco Armiliato
Chef de choeur : Vito Lombardi
Mise en scène : Michele Olcese
Orchestre, Choeurs des Arènes de Vérone
Santuzza : Maria josé Siri
Lola : Clarissa Léonardi
Turiddu : Roberto Alagna
Alfio : Ambrogio Maestri
Lucia : Agostina Smimmero
Nedda : (Colombina) Valeria Sepe
Canio : (Pagliaccio) Roberto Alagna
Beppe : (Arlecchino) Matteo Mezzaro
Silvio : Mario Cassi
Tonio : Ambrogio Maestri