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Angélique Bondeville-Enea Scala/Alexandre Duhamel-Enea Scala.  Photo Christian Dresse

Guillaume Tell à l’Opéra de Marseille

Pour l’ouverture de sa saison lyrique, l’Opéra de Marseille a affiché l’ultime ouvrage lyrique de Rossini Guillaume Tell dont la première eut lieu le 3 août 1829 à l’Opéra de Paris. Ce fut, on le sait, à seulement 37 ans, l’adieu à l’opéra du Maître de Pesaro qui n’en composera plus jusqu’à son décès survenu en 1868. Écrit en langue française pour le public parisien, il s’agit d’un drame lyrique de grand format et d’une exigence vocale incontestable. La longueur de l’ouvrage atteint près de 4 heures et encore dans pareille hypothèse s’agit-il d’un format réduit car si on le représentait de nos jours comme à la création avec les nombreux ballets dont il est parsemé, la durée en serait beaucoup plus longue (de près de 6 heures). 
Comme nous ne sommes pas encore tout à fait sortis de la pandémie, l’Opéra de Marseille a certes, proposé cet ouvrage en version scénique (et non point en version de concert) mais avec un chœur qui interprétait ses parties assez éloigné des protagonistes. Par ailleurs, les musiciens disposaient d’un grand espace au parterre où les fauteuils des spectateurs avaient été démontés sur une dizaine de rangs, de telle sorte que les instrumentistes pouvaient s’exprimer autrement que dans une fosse par essence étroite.
Pendant la célèbre ouverture, au demeurant acclamée par le public, le metteur en scène Louis Désiré fait intervenir chacun des personnages en précisant leurs rapports les uns avec les autres (par exemple y sont mis en exergue les sentiments amoureux entre Arnold et Mathilde ou encore l’esprit de famille qui anime Guillaume, sa femme Hedwige et leur fils Jemmy. Tout ceci se déroule dans un paysage agreste de montagnes enneigées. L’ouverture une fois terminée, on découvre sur le plateau un certain nombre de cubes de bois déposés sur le sable qui, au fil des actes, se structureront ou se décomposeront pour créer les divers lieux de l’action. En fond de scène ont été édifiés trois niveaux qui seront les lieux d’intervention du chœur qu’on devine par un effet de transparence. Les costumes signés (comme les décors) Diego Méndez-Casariego sont pour la plupart sombres, variant autour du noir et du blanc et complètement intemporels.
Alexandre Duhamel qui chante son premier Guillaume Tell a acquis, au cours de ces dernières années, une stature de baryton ample qui lui permet de donner une ligne noble à ce personnage de héros luttant contre l’oppression et l’injustice. Le public marseillais connaît très bien le ténor Enea Scala qui s’est produit à plusieurs reprises sur cette scène. Doté d’une belle articulation et d’un aigu aisé, il peut rendre justice à l’air redoutable de l’acte IV « Asile héréditaire » mais le rôle est émaillé d’autres difficultés notamment dans la partie aiguë de la voix de ténor avec par exemple, le fameux duo de l’acte I « Ah ! Mathilde idole de mon âme ». Cette Mathilde là est incarnée par Angélique Bondeville, dotée d’un fort beau legato et d’une mezza voce fruitée notamment dans son magnifique aria de l’acte 2 « Sombre forêt ». On a retrouvé également avec plaisir Jennifer Courcier que l’on avait appréciée à Marseille non seulement dans Monsieur Beaucaire de Messager mais encore dans Candide de Léonard Bernstein. La chanteuse est émouvante et la comédienne aussi habile qu’attachante. La distribution est fort bien complétée par Thomas Dear en Mechtal, Camille Tresmontant en Rodolphe, Patrick Bolleire en Walter, Cyril Rovery en Gessler, Carlos Natale parfait dans son rôle de pêcheur, Annunziata Vestri en Hedwige et Jean-Marie Delpas en Leuthold. Le jeune chef Michele Spotti a fort justement recueilli une longue ovation pour sa direction de grande envergure et tout le plateau parfaitement méritoire, a lui aussi été chaleureusement applaudi.


Christian JARNIAT
Le 15 octobre 2021