Les Chroniques
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Salle Jedrinsky de la Diacosmie/ Photo DR

La Dame Blanche à l' Opéra de Nice. Deuxième scène La Diacosmie

A quelques jours près, voici un an que La Dame Blanche avait été donnée à l’Opéra de Nice dans une salle quasiment vide en raison de la pandémie. Seuls la presse et quelques rares invités avaient été conviés à cette représentation qui avait fait l’objet, néanmoins, d’une retransmission en streaming. Donc un an plus tard, le public pouvait cette fois-ci se rendre dans une salle pour apprécier comme il convient l’œuvre de François-Adrien Boieldieu, dans la production de l’Opéra-Comique (représentée en Mars 2020).
Pour Nice, il s’agissait de la même version semi-scénique que celle de l’année dernière avec la même distribution, la même direction musicale et la même mise en scène. La différence venait du fait que Bertrand Rossi, Directeur de l’Opéra de Nice, avait décidé d’utiliser, pour la première fois, pour une œuvre lyrique du répertoire la Salle Jedrinsky de la Diacosmie, qui est le centre de diffusion de l’Opéra de Nice et qui sert également aux répétitions des ouvrages. Tout avait été particulièrement bien aménagé pour recevoir dans de bonnes conditions le public dans un espace contenant environ 350 places. L’orchestre était placé au fond du plateau et les interprètes jouaient sur l’avant-scène. Pour parvenir jusqu’à la salle, on traverse l’entrepôt des décors fort joliment décoré pour la circonstance avec une série de mannequins revêtus de costumes variés et chatoyants. Nous reproduisons ici- dans la mesure où la représentation a été identique à celle de l’année dernière- la chronique qui avait été écrite, à cette occasion, par Yves Courmes.


Christian Jarniat.
Le 21 janvier 2022



La Dame Blanche à l' Opéra de Nice (Le 19 janvier 2021)

La Dame blanche fut créée à Paris le 10 décembre 1825 alors que Richard Wagner avait tout juste onze ans… Ce tube du répertoire du XIXème siècle fut représenté des centaines de fois et la 1675ème fut atteinte en 1914. Par la suite, le succès de l’ouvrage s’estompa, mais il bénéficie aujourd’hui d’un retour en grâce tout à fait justifié. D’ailleurs, Richard Wagner adorait ce chef d’œuvre ingénu et déclarait à son propos : « un modèle de ce que le génie français a proprement tiré de soi-même ». La crise de la Covid 19 a fâcheusement contrarié les projets de Bertrand Rossi et la programmation de l’ouvrage, dans la production initialement prévue (celle de l’Opéra-Comique de Paris avec les décors d’Emmanuelle Roy), devrait être reportée à la saison prochaine. L’Opéra de Nice a néanmoins eu la très bonne idée de réaliser une captation filmée dans une mise en scène minimaliste, mais très réussie.
L’orchestre se positionne en fond de scène et la couverture de la fosse dégage un espace utilisé pour reproduire une simili répétition du spectacle plus vraie que nature. Ce dispositif improvisé fonctionne très bien et on pourra le comparer bien évidemment l’année prochaine, avec un grand intérêt, avec la mise en scène originellement prévue.
Bertrand Rossi a eu la main inspirée en recrutant ses chanteurs et en confiant la direction musicale à Alexandra Cravero. La tâche n’était guère aisée car, tournant le dos aux choristes placés dans les loges et aux chanteurs positionnés sur l’avant-scène, la talentueuse musicienne a dû se contorsionner et jongler avec les pages de la partition pour conduire tout son petit monde à bon port. On reste confondu devant l’autorité naturelle, le charisme et la présence de cette artiste âgée d’à peine quarante-trois ans. L’homogénéité des chœurs et la précision des attaques sont au rendez-vous. Les sonorités quasi-rossiniennes et les rythmes d’un bel canto à la française enchantent l’auditoire.
Le plateau est lui aussi dans d’excellentes dispositions avec un tandem de choc composé de Patrick Kabongo et d’Amélie Robins. Le ténor originaire du Congo possède une musicalité rare, un chant tout en finesse, une sensibilité intériorisée mise en valeur par un superbe timbre qui rappelle un certain Rockwell Blake, si souvent entendu sous nos latitudes. La voix n’est pas immense mais idéalement projetée sous les ors désertés de l’opéra de Nice…. Amélie Robins lui donne une savoureuse réplique, son soprano colorature s’oriente désormais vers une dimension plus lyrique qui convient parfaitement à l’emploi d’Anna. Espiègle et malicieuse, virevoltante et enjouée, la ravissante Amélie est une Dame Blanche qui brûle les planches et qui, c’est certain, crèvera l’écran !!!
Les autres emplois sont du même calibre avec notamment la Jenny pétulante, aux sonorités colorées, de Sophie Marin-Degor et la Marguerite, vocalement bien en place, de Marie Kalinine. Laurent Kubla (Gaveston), Luca Lombardo (Dickson) et Mickael Guedj (Mac-Irton) complètent efficacement ce cast très équilibré.

Yves Courmes
Le 19 janvier 2021