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Violette Polchi et Sheva Tehoval / Photo Dominque Jaussein

Le Voyage dans la lune à l'Opéra de Nice

A l’instar d’une quinzaine d’Opéras (dont, pour notre région, celui de Marseille, de Toulon, d’Avignon et de Montpellier) - et à l’initiative du Palazetto Bru Zane qui s’est fait une spécialité de redécouvrir et promouvoir, entre autres, nombre d’ouvrages lyriques du patrimoine français - l’Opéra de Nice proposait Le Voyage dans la lune de Jacques Offenbach. Créée le 26 octobre 1875 à Paris au Théâtre de la Gaîté, adaptée, peu ou prou, du roman de Jules Verne par les librettistes Albert Vanloo, Eugène Leterrier et Arnold Mortier l’œuvre est qualifiée d’ « opéra-féérie ». Il s’agit là d’un genre à la mode dans la deuxième partie du 19ème siècle ayant pour caractéristique d’offrir nombre de tableaux somptueux qui permettaient aux spectateurs de se plonger dans les délices d’un voyage aux multiples péripéties plus incroyables les unes que les autres propices à susciter l’imagination comme l’excitation du public. En quelque sorte un prélude au cinéma d’anticipation qui allait apparaître quelques années plus tard. Les pages musicales de ce Voyage dans la lune sont incontestablement charmantes bien qu’il ne s’agisse point ici de la meilleure inspiration du compositeur.
Le livret peut se résumer en quelques phrases : un prince (Caprice) est lassé d’avoir parcouru tous les continents de la terre. Il souhaite, dans un but d’ « exotisme » autant que de curiosité, visiter une contrée inconnue en l’occurrence la lune et, à cet effet, un canon géant est construit pour ce voyage stratosphérique. Arrivé à destination, le prince rencontre des habitants et en particulier la princesse Fantasia dont il s’éprend. Mais malheureusement cette dernière, pas plus d’ailleurs que la population autochtone, ne connaissent l’amour. Heureusement, dans l’obus qui l’a transporté sur la lune, Caprice avait pris soin d’emporter nombre de victuailles parmi lesquelles des pommes. C’est en croquant ce fruit que la princesse va découvrir l’amour et que, par la suite, les pommiers vont donc fructifier sur la lune …
Cet argument simple donne suite à toute une série de tableaux qui, dans cette production, sont véritablement un hommage aux films de Méliès ainsi qu’aux illustrations des romans de Jules Verne. Comme la focale d’un appareil de photo (ou d’une caméra) qui s’élargirait ou se réduirait au fil des tableaux, on découvre successivement une étrange ville qui est une sorte de compromis entre un Disneyland de la fin du 19ème siècle et la peinture surréaliste d’un monde industriel comportant des machines et d’immenses boulons. Vient ensuite un observatoire du même acabit, une fusée gonflable puis divers autres tableaux tout aussi délirants avec des paysages (et des costumes) extravagants et une végétation luxuriante de l’astre de nos nuits. Ces décors et costumes sont signés Jean Lecointre et Malika Chauveau. Et cette « fantasmagorie » est parfaitement mise en lumières par Nathalie Perrier (réalisation Yves Calzergues) dans une mise en scène plaisante d’Olivier Fredj. Pour donner encore davantage de rythme à cet opéra-féérie un groupe de sept danseurs et danseuses intervient de manière quasi permanente dans des danses acrobatiques (chorégraphie d’Anouk Viale reprise par Fanny Roué). 
L’essentiel de la distribution est à peu près identique dans les divers théâtres où l’œuvre est programmée, avec néanmoins quelques changements minimes suivant les lieux. A l’Opéra de Nice, on a pu apprécier la vivacité de Violette Polchi (Caprice) qui s’était déjà illustré avec le Palazetto Bru Zane dans la tournée des P’tites Michu d’André Messager où elle interprétait Marie-Blanche. A ses côtés Sheva Tehoval incarne la Princesse Fantasia assumant dans ce rôle, qui exige une tessiture de soprano colorature, des vocalises d’une incontestable difficulté. Chloé Chaume (qui fut, sur cette même scène, Marguerite de Faust ) se révèle excellente dans le rôle de Flamma. Côté hommes, soulignons la composition truculente d’Eric Vignau en Microscope ainsi que celle de Matthieu Lecroart dans le roi V’Lan tandis que le ténor Kaëlig Boché maitrise parfaitement l’air difficile attribué à Quipasseparla. Le tout est dirigé avec une incontestable maîtrise par Chloé Dufresne, l’une des cheffes les plus remarquées de la nouvelle génération.

Christian JARNIAT
15 février 2022