Les Chroniques
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Maria Agresta et Yusif Eyvazov / photo Brescia e Amisano ©Teatro alla Scala

Adrienne Lecouvreur à la Scala de Milan

QUAND MARIA INVESTIT ADRIENNE
La merveilleuse mise en scène de David McVicar a illuminé le théâtre de La Scala. Quel bonheur de retrouver cette scénographie aux tons pastels qui, sans aucune transposition, relate les aventures très tortueuses d’Adrienne Lecouvreur. Cette actrice exista vraiment et enflamma les cœurs, et le livret d’Arturo Colautti est inspiré de faits réels….
Cette authenticité inspira certainement David McVicar qui délivre pour cette production un travail totalement abouti, élégant, précis et d’une redoutable efficacité.
L’authenticité du thème a peut-être également inspiré la belle Maria Agresta qui revêt avec panache l’habit de la comédienne adulée et amoureuse…Panache théâtral qui se traduit par une remarquable adaptation à toutes les situations vécues par l’héroïne, tour à tour servante de l’art, puis plutôt à l’aise dans les dédales scéniques du deuxième acte et enfin superbement agressive dans l’épisode du bijou. Panache vocal également avec une voix dont l’ampleur s’est affermie, un timbre chaleureux, et un éventail de couleurs qui font mouche. 
Les ultras de La Scala attendaient au tournant Yusif Eyvazov et ma foi, ils n’ont pas été déçus par le mari de la grande Anna Netrebko. Le ténor qui, au tout début de sa carrière, chanta dans quelques théâtres niçois a manifestement beaucoup progressé. Il incarne un Maurizio ardent et très solide vocalement et le pare d’une belle lumière très italianisante et séductrice. La princesse de Bouillon d’Elena Zhidkova est torrentielle, et brille de tous les feux de la jalousie. L’agressivité dont elle a su faire preuve dans son grand air du deuxième acte a transporté de bonheur les afficionados du théâtre…Enfin Alessandro Corbelli met toute son expérience dans la balance pour dessiner un Michonnet attachant et très émouvant.
Cilea a le sens du drame, une grande technicité orchestrale et une superbe imagination harmonique. Par ailleurs le meilleur de l’ouvrage réside sans doute dans les magnifiques accompagnements que l’orchestre réserve aux grands airs d’Adrienne. Giampaolo Bisanti a bien compris tout cela et maitrise le rutilant orchestre milanais pour en tirer la quintessence. Le public ne s’y est pas trompé et lui a offert pour ses débuts à La Scala une ovation interminable au rideau final.
Un magnifique spectacle donné très curieusement devant une salle à moitié garnie en ce dimanche après-midi…

Yves Courmes.
6 Mars 2022