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Aleksandr Antonenko - Photo Alain Hanel

SAMSON ET DALILA A L’OPÉRA DE MONTE-CARLO

L’Opéra de Monte-Carlo a coutume de ne pas lésiner sur les moyens pour célébrer la fête nationale monégasque et, fidèle à son habitude, Jean-Louis Grinda utilise un dispositif spectaculaire et efficace pour illustrer les aventures bibliques des Philistins et des Hébreux. Un immense temple ancien, balafré par les cicatrices de l’histoire, occupe tout le volume du vaste plateau du Grimaldi Forum pour les premier et troisième actes. Au second acte une tente se déploie avec une sensualité légère et frissonnante, elle abritera les amours coupables du couple Samson-Dalila… Au dénouement, Samson n’est pas enchaîné à une meule mais à une roue qui pivote en fond de décor et l’effondrement du temple sur les Philistins procède d’une astucieuse projection vidéo. Tout cela est bien traité et rappelle aux plus anciens d’entre nous les productions d’un certain Cécil B de Mille qui fut naguère le maître du péplum hollywoodien. Pour rompre un peu le classicisme du propos, Jean-Louis Grinda introduit deux nouveautés : il fait tout d’abord intervenir l’enfant sensé guider Samson après qu’il eut perdu la vue dès le lever du rideau. Il en fait ainsi un accompagnateur prémonitoire du drame. Puis le grand prêtre succombera au charme de la sulfureuse Dalila au point de lui octroyer un baiser fougueux qui va bien au-delà des richesses terrestres promises pour découvrir le secret de la force de Samson…

La chorégraphie d’Eugénie Andrin met subtilement en valeur les qualités intrinsèques du ballet de l’Opéra de Shangaï, puissance athlétique pour les danseurs, grâce et sveltesse pour les danseuses et très belle homogénéité du corps de ballet. L’acoustique toujours aussi capricieuse de la salle des Princes du Grimaldi Forum libère difficilement les harmonies de la phalange monégasque sous la baguette de Kasuki Yamada, à moins que le souci de la maîtrise et une forme de retenue dans les crescendos ne finissent par estomper le souffle de la partition ?

Les trois principaux protagonistes délivrent quant à eux des prestations de niveau très inégal. Anita Rachvelishvili est tout simplement impériale et campe une irrésistible Dalila dans « Printemps qui commence » et vertigineuse pour « Mon cœur s’ouvre à ta voix » incontestablement l’une des meilleurs ou la meilleure Dalila du moment… André Heyboer tente de lui donner une réplique d’envergure mais le grand prêtre de Dagon, s’il reste scéniquement très crédible, subit le handicap d’une émission rocailleuse et irrégulière. Reste le cas d’Aleksandr Antonenko, le ténor Letton, doté pourtant de réels moyens et d’un aigu acéré, rate complètement son opération séduction… Le timbre nasal et la ligne de chant chaotique mettent à rude épreuve les « Dalila je t’aime » ou la scène de la meule au dernier acte. Au final, on retiendra, comme le public lors des saluts, la mise en scène à grand spectacle colorée et hollywoodienne, le très performant ballet de Shangaï et l’éblouissante Dalida d’Anita Rachvelishvili.

Yves Courmes
14 décembre 2018