Les Chroniques
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Gregory Kunde et Maria Agresta - Photo Alain Hanel

OTELLO à l'opéra de Monte-Carlo

Représenter les deux derniers opéras de Giuseppe Verdi au sein de la même saison lyrique était assurément une bonne idée, et l’excellence des distributions a contribué à maintenir l’opéra de Monte-Carlo à un niveau digne des plus prestigieuses scènes internationales.
Cet Otello qui clôturait la saison lyrique 2018/2019 de l’institution monégasque bénéficie donc d’une éblouissante distribution avec un Grégory Kunde « incandescent » dans le rôle-titre. Auréolé de son récent triomphe à l’opéra de Paris, le ténor américain fouille l’interprétation du légendaire maure, l’expérience et la maturité de celui que nombre d’entre nous ont vu débuter (notamment à l’opéra de Nice) dans des emplois beaucoup plus légers, le dotent d’une palette vocale diversifiée. Cette polyvalence lui permet d’aborder sereinement les moments de bravoure de la partition, mais aussi d’assumer la permanente tension du médium et les variations dynamiques d’un rôle ou s’illustrèrent dans des registres très variés Mario Del Monaco, Carlo Cossutta et plus récemment Placido Domingo.
Aux côtés de cet Otello aussi flamboyant qu’émouvant, George Petean campe un Iago sombre et démoniaque. Le baryton roumain s’inscrit parfaitement dans la tessiture grave de l’emploi, assez éloignée de celle du baryton verdien classique. Comédien hors pair il distille son venin subtilement et mène insidieusement mais implacablement tout son petit monde au désastre….
La jolie Maria Agresta n’affiche plus la miraculeuse fraicheur juvénile qui fit d’elle une inoubliable Mimi en 2011 aux Arènes de Vérone ou à Torre del Lago, mais la voix s’est affermie, les pianis et demi-teintes demeurent bien maitrisés, le médium corsé et les aigus amples s’inscrivent dans le lyrisme fougueux de Desdémone et sa dimension tragique.
Autour de ce trio magique, les chœurs de l’opéra de Monte-Carlo explosent vocalement, leur impact sonore culmine et fait frissonner l’auditoire dans l’enchevêtrement des paroxysmes de la fin du troisième acte…..
Daniele Callegari mène l’orchestre philarmonique de Monte-Carlo, toujours au sommet de sa forme, sur les chemins de crêtes des harmonies verdiennes, en empruntant ce chemin si particulier qui pour Otello, ne fréquente ni le bel canto, ni le vérisme, ni même les schémas wagnériens…
N’ayons garde d’oublier la mise en scène très classique d’Allex Aguilera et les décors et costumes de Bruno de Lavenère et Françoise Raybaud. Bien que conventionnelle la conception affiche de belles et nouvelles idées, comme le monde qui s’écroule autour d’Otello lorsqu’il réalise qu’il pourrait être trompé, ou encore la mort de Desdémone totalement revisitée. Point de couche nuptiale pour étouffer la malheureuse qui va périr noyée dans la « piscina ».
Triomphe au final pour tous les protagonistes de ce somptueux spectacle.

Yves Courmes.