Les Chroniques
Suivez-nous :
RETOUR

Ismael Jordi - Olga Peretyatko / Photo Alain Hanel

Lucia di Lammermoor à l’opéra de Monte-Carlo

C’est donc avec la nouvelle production de Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti que l’Opéra de Monte-Carlo a choisi de célébrer la fête nationale monégasque. Ce spectacle coproduit avec le New National Théâtre Fondation de Tokyo est mis en scène par Jean-Louis Grinda, les décors étant de Rudy Sabounghi et les costumes signés par Jorge Sara.

La mise en scène ultra classique de Jean Louis Grinda reste totalement fidèle aux grandes lignes de l’ouvrage, l’océan, les paysages écossais, les donjons et le cimetière marin affirment leur présence, la seule variante significative consiste en un décalage temporel d’environ un siècle qui situe le propos vers le début du 19eme siècle. La réussite visuelle est incontestable, le recours aux accessoires traditionnels couplé aux belles projections qui figurent les incessants mouvements de l’océan crée une atmosphère propice aux péripéties épiques et aux conflits meurtriers qui émaillent le parcours des familles Ashton et Ravenswood.
La direction d’acteur s’avère nettement moins  percutante avec des scènes de foule  extrêmement statiques mais surtout une accumulation de pistolets et escopettes brandis à chaque altercation et bien évidemment jamais mis à feu par les différents protagonistes…
Petite originalité à signaler, Edgardo fait converger son destin avec celui de Floria Tosca puisqu’il préfère se précipiter dans les flots plutôt que de mettre fin à ses jours par le poignard, cela donne l’occasion à Ismaël Jordi d’effectuer un très joli saut qui ponctue donc la scène finale…

Coté plateau tous les regards convergent vers l’Enrico d’ Artur Rucinski qui enflamme le Grimaldi Forum. Le baryton polonais affiche une voix de stentor, une invraisemblable facilité dans l’aigu et une longueur de souffle presque indécente… le public aux anges en redemande .
Parfaitement à l’aise lui aussi dans un rôle qu’il maîtrise à la perfection, Ismaël Jordi pare son Edgardo de belles couleurs solaires. L’aigu est là aussi facile, bien projeté et vigoureux.
Le trio majeur masculin est fort bien complété par la belle voix de basse de Nicola Ulivieri, un technicien confirmé du bel canto qui prête à son Raimondo une fort belle élégance de ton.

Chez les femmes, la jeune Valentine Lemercier retrouve avec une réelle efficacité le rôle d’Alisa, mais in fine, tout le monde attendait la prestation d’Olga Peretyatko dans le rôle-titre.
Les grandes interprètes de l’emploi ont chacune à leur manière pris leurs marques avec le personnage de Maria Callas à Joan Sutherland en passant par Renata Scotto et Edita Gruberova. 
La très belle soprano russe s’implique certes avec conviction, réalise une prestation technique de qualité et se révèle scéniquement tout à fait crédible, mais curieusement la dimension émotionnelle de sa Lucia reste en deçà des attentes, la faute sans doute à une concentration qui privilégie inconsciemment la maîtrise du chant à l’expression des sentiments évoqués dans ledit chant…

La direction musicale de Roberto Abbado est un vrai bonheur, colorée et inspirée, fidèle aux mélismes du compositeur et dépourvue de tous effets superflus.
On aura garde d’oublier la lumineuse prestation de Sascha Reckert, les sons éthérés et cosmiques de son harmonica de verre reconfiguré ont enchanté la salle des princes…

Un spectacle envoûtant et abouti plébiscité par le public.

Yves Courmes.

22/11/2019