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Reinoud Van Mechelen - Anais Constans, Jerome Boutillier (en arrière-plan)  / Photo K. Bouffard

​ Les Pêcheurs de perles à l’Opéra de Toulon

Nous avions, le 23 novembre 2018 évoqué Les Pêcheurs de perles à l’Opéra de Nice et qui précédemment avaient été également représentés à l’Opéra de Limoges et celui de Reims. C’est avec un grand plaisir que nous avons retrouvé cette production à l’Opéra de Toulon : le beau décor de vagues mouvantes d’Alexandre Heyraud dans lequel Bernard Pisani inscrit avec un infini bonheur l’œuvre de Bizet à la manière d’un livre d’images illustrant ce conte oriental avec un côté « bollywoodien », les costumes de couleur ocre orangé et or (signés Jérôme Bourdin) qui évoquent le sable et un certain rêve de l’Orient, les danseurs omniprésents tout au long de l’ouvrage et qui se livrent à des interventions rituelles, le chœur en perpétuel mouvement dans une gestique traduisant parfaitement la tonalité des cérémonies de cette peuplade insulaire de Ceylan et les lumières envoûtantes de Nathalie Perrier (réalisées par Marc-Antoine Vellutini).

L’un des intérêts de la représentation toulonnaise était de nous offrir une distribution complètement différente de celles des maisons d’opéras cités ci-dessus. Anaïs Constans se révèle une fois de plus comme l’une des chanteuses les plus douées de ce qu’il est convenu d’appeler « la génération montante ». Sa voix sait combiner à la fois pureté et fraîcheur mais aussi engagement et puissance autrement dit tous les ingrédients qui permettent de rendre justice au rôle de Leïla qui est davantage celui d’une soprano lyrique capable d’agilité dans l’aigu qu’un emploi de colorature léger (La créatrice Léontine de Maësen chantait Marguerite de Faust, Agathe du Freïschutz et le rôle-titre de Norma).

On attendait avec curiosité Reinoud Van Mechelen qui s’est illustré dans nombre d’ouvrages baroques dans la tessiture de haute contre. Il pare Nadir du charme qui convient à ce personnage lui apportant la maîtrise d’un parfait musicien et celle d’un habile styliste notamment dans la romance « Je crois entendre encore… ». Peut être l’ardeur et la largeur d’un ténor lyrique (Gedda, Vanzo) s’accorde t-elle mieux de certains passages comme celui du duo « Ton cœur n’a pas compris le mien » ? Jérôme Boutillier doté d’une belle articulation et d’un aigu aisé campe un Zurga tourmenté et énergique. Robert Tuohy, qui nous avait enchanté avec sa Lakmé à Montpellier puis à Marseille, possède d’évidentes affinités avec la musique française qu’il sait traduire à la baguette avec autant de clarté que de raffinement. 

Les trois représentations toulonnaises données (comme à Nice) quasiment à guichets fermés ont remporté un très grand succès. Cette production attachante doit donc continuer à faire les beaux jours d’autres théâtres car elle est parée de toutes les qualités pour séduire un très large public.
 
Christian Jarniat
27 décembre 2019