Les Chroniques
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Andeka Gorrotxategi- Irina Lungu / Photo Alain Hanel

la bohème à l’Opéra de Monte-Carlo

Ce que l'on retiendra d'abord de la Bohème présentée en ce moment en la salle Garnier ? La beauté de la mise en scène signée Jean-louis Grinda. il y a là une succession de tableaux qui pourraient servir de décors à un film. Tout y est esthétiquement pensé, théâtralement réussi, intelligible et intelligent. Voilà une facon exemplaire d'etre classique dans le moderne -ou moderne dans le classique, suivant comment on considére les choses. 
Par les temps qui courent dans le monde de l'art lyrique, ces façons-là ne courent pas les rues ! Au gré des tableaux on voit les toits de Paris, les immeubles haussmanniens, la fête qui bat son plein, la neige qui tombe, les artistes bobo qui vivent sans le sou, et la pauvre voisine Mimi qui, au milieu d'eux, vient mourir de tuberculose. L'action se situe après-guerre. Un drapeau français flotte, frappé de la croix de Lorraine. Jean-Louis Grinda a surpris le monde de l'art lyrique en annonçant, le mois dernier son départ de la direction de l'Opéra de Monte-Carlo. Qu'il continue à réaliser d'aussi belles mises en scène et on lui pardonnera !
Pour accompagner ce spectacle, nous avons un chef et un orchestre précieux : Daniele Callegari et le Philharmonique de Monte-Carlo. Ils font du beau dans la Bohème. On aime. 
Nous serons moins enthousiastes sur le ténor Andeka Gorrotxategi, lequel semble sans cesse chanter en forçant sa voix. Le trio d'hommes qui gravite autour de lui est de premier ordre et notamment l'excellent baryton Davide Luciano mais aussi les deux autres voix graves Boris Pinkhassovitch et Nicolas Courjal. 
Coté femmes, on attend, bien sur, Mimi et ses airs qui vous fendent le coeur. Dans ce rôle intervient la soprano russe Irina Lungu. Belle voix, beau style. On aimerait pourtant dans son expression quelque chose de plus fragile, de moins guerrier, pour incarner un personnage qui glisse de l'amour à la mort. A coté d'elle, on applaudit la belle Musette de Mariam Battistelli. Les enfants de l'Académie de musique qui participent joyeusement à la fête sont heureux sur scène. Nous aussi dans la salle.
André Peyregne
24 janvier 2020