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Photo Michael Pöhn

Elektra à l'opéra de Vienne

Vienne : une Elektra du tonnerre. Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, les écologistes font la chasse au charbon. Mais où mettre nos surplus ?  L’opéra de Vienne a pris sa part : il en a stocké quelques quintaux sur scène et en a fait profiter Elektra ! C’est en effet dans une cave à charbon que se situe la mise en scène signée Uwe Eric Laufenberg du fantastique opéra de Richard Strauss. 
 
A dire vrai cette cave est très fréquentée. Toute la maisonnée s’y donne rendez-vous. On y va, on y vient comme dans un salon. Electre y profère des menaces contre sa mère Clytemnestre qui a assassiné son père Agamemnon. Et toute la maison tremble de ses menaces. Ce lieu est desservi par un système d’ascenseur doté de compartiments superposés permettant de faire descendre des charges diverses. A la fin, dans une scène très impressionnante et réussie, le metteur en scène prend un malin plaisir y à placer des cadavres – dont celui de Clytemnestre. Car Elektra a réussi à faire tuer sa mère par son frère Oreste. 

La distribution est de tout premier ordre. Dans ce grand Opéra de Vienne magnifiquement dirigé par le Français Dominique Meyer, il ne saurait en être autrement.
Elektra est interprétée par Christine Goerke. C’est l’une des meilleures Electre sur la scène lyrique internationale actuelle. Elle ne se ménage pas. De la première à la dernière note, elle profère ses vocalises vengeresses au dessus d’un orchestre en fusion. 
A ses côtés, sa sœur est une révélation : l’Allemande Simone Schneider, ardente, vibrante, dans un rôle où il faut de l’endurance, de l’éclat et de l’aigu. 
Entre les deux, on est ému de retrouver celle qui, il y a déjà trente ans, nous éblouissait déjà à Bayreuth, dans ses rôles d’héroïnes wagnériennes, Waltraud Meier. Elle est toujours là, émouvante, en reine déchue. 
Reste Oreste : Michael Volle. Habitué des grandes scènes internationales, il est tout simplement impressionnant. Il poignarde sa mère mais atteint aussi le public au coeur. 

L’orchestre est dirigé par Symion Bychkov. Il est le "deus ex machina" d’une partition somptueuse, qui coule pendant deux heures telle la lave d’un volcan. Il met le feu à cette partition hors norme. Heureusement que sa baguette n’est pas une allumette : car au dessus de la fosse, sur scène, se trouvent les quintaux de charbon !

André PEYREGNE 
15 fevrier 2020