Les Chroniques
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Photos Opéra de Nice

LA DAME BLANCHE ​Opéra de Nice





La Dame blanche fut créée à Paris le 10 décembre 1825 alors que Richard Wagner avait tout juste onze ans… 
Ce tube du répertoire du XIXème siècle fut représenté des centaines de fois et la 1675eme fut atteinte en 1914. Par la suite le succès de l’ouvrage s’estompa, mais il bénéficie aujourd’hui d’un retour en grâce tout à fait justifié.
D’ailleurs Richard Wagner adorait ce chef d’œuvre ingénu et déclarait à son propos : « un modèle de ce que le génie français a proprement tiré de soi-même ».

 La crise de la Covid 19 a fâcheusement contrarié les projets de Bertrand Rossi et la programmation de l’ouvrage dans la production initialement prévue se trouve reportée à la saison prochaine. L’opéra de Nice a néanmoins eu la très bonne idée de réaliser une captation filmée dans une mise en scène minimaliste mais très réussie.
L’orchestre se positionne en fond de scène, et la couverture de la fosse dégage un espace utilisé pour reproduire une simili répétition du spectacle plus vraie que nature. Ce dispositif improvisé fonctionne très bien et on le comparera bien évidemment l’année prochaine avec un grand intérêt avec la mise en scène originellement prévue.
Bertrand Rossi a eu la main inspirée en recrutant ses chanteurs et en confiant la direction musicale à Alexandra Cravero. La tache n’était guère aisée car tournant le dos aux choristes placés dans les loges et aux chanteurs positionnés sur l’avant-scène la talentueuse musicienne a du se contorsionner et jongler avec les pages de la partition pour conduire tout son petit monde à bon port. On reste confondu devant l’autorité naturelle, le charisme et la présence de cette artiste âgée d’à peine quarante trois ans. L’homogénéité des chœurs et la précision des attaques sont au rendez-vous. Les sonorités quasi rossiniennes, et les rythmes d’un bel canto à la française enchantent l’auditoire. 
Le plateau est lui aussi dans d’excellentes dispositions avec un tandem de choc composé de Patrick Kabongo et d’ Amélie Robins. Le ténor originaire du Congo possède une musicalité rare, un chant tout en finesse, une sensibilité intériorisée mise en valeur par un superbe timbre qui rappelle un certain Rockwell Blake si souvent entendu sous nos latitudes. La voix n’est pas immense mais idéalement projetée sous les ors désertés de l’opéra de Nice….Amélie Robins lui donne une savoureuse réplique, son soprano colorature s’oriente désormais vers une dimension plus lyrique qui convient parfaitement à l’emploi d’Anna. Espiègle et malicieuse, virevoltante et enjouée, la ravissante Amélie est une Dame blanche qui, c’est certain, crèvera l’écran !!!
Les autres emplois sont du même calibre avec notamment la Jenny pétulante aux sonorités colorées de Sophie Marin Degor et la Marguerite vocalement bien en place de Marie Kalinine. Laurent Kubla (Gaveston), Luca Lombardo (Dickson) et Mickael Guedj ( Mac-Irton) complètent efficacement ce cast très équilibré. 
  
Mais quel crève-cœur de voir un spectacle d’un tel niveau représenté devant une salle vide… Alors précipitez-vous devant vos écrans aussitôt que cela sera possible pour savourer cette Dame blanche, comme une délicieuse sucrerie dont elle porte le nom… 


Yves Courmes

La vidéo du spectacle de l' adaptation de La Dame Blanche de Boieldieu sera diffusée sur la chaine Youtube de l’ Opéra Nice Côte d'Azur et sur le site culturel de la Ville de Nice « Cultivez vous » à partir du 29 janvier prochain