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Sygma via Getty Images

Mort de Jessye Norman

"C'est avec une profonde tristesse que nous annonçons la mort de la star internationale de l'opéra Jessye Norman", a indiqué sa famille dans un communiqué transmis par une porte-parole.
"Nous sommes si fiers de ses réussites musicales et de l'inspiration qu'elle a été pour le public dans le monde entier, qui continuera à être une source de joie", a-t-elle ajouté.

La cantatrice devenue icône, qui avait marqué les esprits en France en chantant "La Marseillaise" en 1989 pour le bicentenaire de la révolution, est décédée d'une septicémie consécutive aux complications d'une blessure à la colonne vertébrale subie en 2015, selon le communiqué.

Depuis l'annonce de son décès, les hommages affluent par centaines sur la Toile.
"Le Met pleure Jessye Norman, l'une des plus grandes sopranos des 50 dernières années", a indiqué le grand opéra new-yorkais où elle s'est produite plus de 80 fois, dans un répertoire allant de Wagner à Poulenc, en passant par Bartok, Schönberg et Strauss.
"Elle était l'une des plus grandes artistes à chanter sur notre scène", a souligné le directeur du Met Peter Gelb. "Son souvenir vivra à jamais".

L'une des séquences le plus souvent évoquées reste l'interprétation de "La Marseillaise" par la cantatrice, drapée dans une robe aux couleurs du drapeau français, pour célébrer le 200ème anniversaire de la Révolution.
Un souvenir choisi par le ministre de la Culture, Franck Riester, qui rend hommage à la chanteuse disparue. "Nous nous souviendrons longtemps de Jessye Norman. De sa grâce inoubliable dans l'Aïda de Verdi, du temps qu'elle suspendait quand elle se produisait à Aix-en-Provence, de son émouvante Marseillaise pour le bicentenaire de la Révolution française en 1989. Elle nous manquera", écrit-il sur Twitter, partageant la vidéo de la scène qui a marqué bon nombre de Français.

Jack Lang, ancien ministre de la Culture, a lui aussi salué la mémoire de la légende lyrique. "J'apprends à l'instant avec tristesse que la grande, la belle, la puissante Jessye Norman vient de disparaître. Indépendamment de sa carrière éblouissante et unique, qui a marqué l'histoire du chant, Jessye Norman est indissolublement liée à la célébration du bicentenaire de la Révolution française de 1789. Elle était heureuse d'avoir été choisie pour incarner la liberté. A ce moment-là, la polémique a fait parfois rage contre ce choix de Jessye Norman. Certains médias et hommes politiques dénonçaient l'appel à une chanteuse américaine et noire", rappelle celui qui était le ministre du bicentenaire et avait piloté l'organisation de la parade des Champs-Elysées imaginée par Jean-Paul Goude.
"Tout au contraire à nos yeux, elle était le symbole même de cette France de l'universalité que nous voulions célébrer en présence des chefs d'Etat et des télévisions du monde entier. Jessye avait été blessée par certaines de ces attaques et nous l'avions entourée de notre affection. Ce soir-là, la France montrait son visage généreux et ouvert à toutes les cultures du monde", écrit-il dans un communiqué partagé sur Twitter.

Née le 15 septembre 1945 à Augusta, dans l'État de Géorgie, l'artiste avait dû fuir la ségrégation américaine en s'installant en Europe dès la fin des années 1960. 
Engagée dès 1968 - elle n'a alors que 23 ans - au Deutsche Oper de Berlin, elle débute en France cinq ans plus tard, dans l'"Aïda" de Verdi à Pleyel. Des invitations suivent au festival d'Aix-en-Provence ("Hippolyte et Aricie" de Rameau en 1983, "Ariane à Naxos" de Richard Strauss en 1985), à l'Opéra-Comique (1984) et au Châtelet (1983, et régulièrement depuis 2000).

Elle était une grande habituée des festivals de jazz et d'opéra de la région Provence Alpes-Côte d'Azur. Elle s'est notamment produite :
29 juillet 1977, Aix-en-Provence
27 juillet 1978 récital à Aix
Été 1978, récital à Menton
26 octobre 1979, Marseille, concert dirigé par D. Masson
Juillet 1983, Aix, Hippolyte et Aricie, J. E. Gardiner / P.L. Pizzi ; J. van Dam, J. Aler, R. Yakar
31 juillet 1984, Aix, récital
Juillet 1985, Aix, Ariadne auf Naxos S. Bychkov / G. Järvefelt; W. Johns, J. Piland, G. Raphanel.
29 juillet 1991, Nice, Acropolis.
16 juillet 1997, Juan-les-Pins, Pinède Gould, concert de Jazz avec Michel Legrand
26 août 2000, Menton, Sacred Ellington
23 juillet 2004, Nice Jazz festival
1 décembre 2007, Aix-en-Provence, Grand-Théâtre de Provence, récital de mélodies française et de Negro spirituals
21 juillet 2010, Monte-Carlo, Sporting Club

De la radio au disque, elle suit ses deux "modèles" absolues : Marian Anderson (1897-1993) et Leontyne Price (née en 1927 et qui lui survira donc), celles qui brisèrent avant elle la "barrière de la couleur" qui interdisait la scène aux non-blancs.

Jessye Norman laisse derrière elle de nombreux enregistrements et une immense carrière, saluée de cinq Grammy Awards et un combat acharné contre les inégalités et pour l'accès de tous à la culture. En ce sens, l'artiste lyrique avait créé la « Jessye Norman School of the Arts », à Augusta, sa ville d'origine, pour permettre aux plus démunis d'accéder à des cours artistiques gratuits.

Si elle avait chanté aux cérémonies d'investiture des présidents américains Ronald Reagan et Bill Clinton, ou pour le 60e anniversaire de la reine Elizabeth II, en 1986, avant de recevoir la Médaille nationale des arts des mains du président Barack Obama en 2009, la cantatrice s'était retirée de la scène ces dernières années.
Ses dernières interviews remontent pour la plupart à 2014, année de la publication de ses mémoires, "Stand Up Straight and Sing!".
Elle y racontait en détail les femmes qui l'avaient marquée, et le racisme auquel elle avait été confrontée, enfant puis adulte.
Sa vie amoureuse était un mystère. Lorsque le Telegraph l'interrogeait sur un passage de ses mémoires où elle évoquait une demande en mariage que lui aurait faite un jour un aristocrate français, elle avait qualifié l'épisode de "fascinant", sans rien révéler.
"Les Français m'ont toujours beaucoup soutenue, restons-en là", avait-elle dit en riant.