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Dalton Baldwin en 2015- Photo Academie Internationale d'Eté Nice   

Hommage a Dalton Baldwin

Faut-il se faire à l’idée que, sous les arcades du cloître de Cimiez ou dans les couloirs du conservatoire de Nice, on ne l’entendra plus nous appeler de sa voix doucement teintée d’accent américain? On le reconnaissait entre tous. On se retournait et on savait que Dalton Baldwin nous dirait des choses aimables. Car cet homme ne disait que des choses aimables. Son doux visage respirait la bonté. Généralement, ce sont les enfants que l’on compare à des anges. Eh bien lui, même âgé, avait quelque chose d’angélique.

Il y avait en lui quelque chose qui confinait à l’innocence. Et pourtant, dans son domaine, son savoir était total. Il possédait à la perfection l’art du piano, du chant, de la musique. Lui, l’Américain, en savait beaucoup plus que nous sur la façon de jouer ou de chanter Fauré, Ravel ou Debussy. Il est vrai que pendant trente ans, il avait été aux côtés de l’inoubliable Gérard Souzay. Cela avait façonné son style. Il avait aussi accompagné Elly Ameling, José van Dam, Frederica von Stade, Teresa Berganza, Nicolaï Gedda, Gabriel Bacquier, Mady Mesplé, Jessye Norman. Les plus grands ! A leurs côtés, il était à la fois humble et magnifique. Indispensable.

En plus de les accompagner, il les conseillait. Car il avait un sens inné de la pédagogie. Pas de cette pédagogie qu’on apprend en théorie dans les institutions spécialisées mais celle qu'il avait spontanément en lui. On suivait passionnément ses cours au Westminster Choir, à l’université de Princeton, en Europe, au Japon, en Chine et, depuis trente ans, à l’Académie d’été de Nice.

C’est là que beaucoup d’entre nous l’avons connu. Jamais décourageant, toujours précis, il avait sur les difficultés de chacun – pianiste ou chanteur – un diagnostic juste. Une remarque de lui et tel air de Verdi s’ensoleillait, tel phrasé de Mozart respirait, tel passage de Schubert s’adoucissait. Il illuminait de ses conseils les prestations de ses élèves. On le respectait comme un maître, on l’aimait comme un grand frère.

Un jour de décembre 2019, il s’est envolé pour aller donner des cours et des concerts en Chine. Il n’est jamais revenu sur terre…

André PEYREGNE

12 décembre 2019