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Photos : Frédéric Garrigues

ENTRETIEN AVEC MICHEL WOLKOWITSKY, DIRECTEUR ARTISTIQUE FONDATEUR DU FESTIVAL INTERNATIONAL DE L’ABBAYE DE SYLVANÈS.

Lorsque l’on rencontre Michel Wolkowitsky, il ne suffit que de quelques instants pour se rendre compte que le directeur artistique fondateur du Festival de Sylvanès est un homme heureux dans sa mission, plus exactement dans cette vocation de « passeur » qui, depuis plus de quarante ans, l’anime : Faire du patrimoine musical et de l’éducation à cet art auprès des jeunes générations - y compris des professionnels- un fer de lance capable d’offrir des espaces de liberté, d’émotions partagées où le cœur et l’esprit viennent s’abreuver, dans la croyance en une spiritualité ouverte et pleine de sens retrouvé .
Nous l’avons rencontré quelques heures avant le concert « Musique Sacrée Italienne ».

Michel Wolkowitsky, merci de nous accueillir en cette abbaye de Sylvanès, lieu plein de beauté patrimoniale, culturelle, spirituelle, dans un environnement naturel d’exception. Quel a été le principe initiateur de ce Festival ?
A l’origine, il y a une bande de jeunes qui se réunissent en ces lieux par la musique, sous la houlette du père André Gouzes que j’avais rencontré pendant mes études à Toulouse, chez les Dominicains, puisqu’il y dirigeait la chorale. Lorsque nous investissons le lieu, il était fermé, abandonné et il était évident pour nous qu’il fallait y faire quelque chose. Compositeur de musique liturgique, le père Gouzes va faire de Sylvanès un haut lieu de musique sacrée, mais, au départ, le chantier mis en œuvre fonctionne grâce au réseau des amis qui viennent faire des animations d’été : certains, prestigieux, comme Aldo Ciccolini, donnent ainsi des récitals, au tout début, pour lancer l’aventure et aider à trouver des fonds.
Le lieu impose progressivement sa nature, orientée d’emblée vers le chant sacré puis ouvert aux musiques du monde : l’acoustique exceptionnelle liée à la grandeur de l’abbatiale, à sa nef unique, donnent évidemment d’excellents résultats en termes de résonance.

Pouvez-vous nous rappeler votre formation d’origine ?
Historien de l’art, j’ai suivi ensuite les enseignements du Conservatoire, à Toulouse et à Rome. Après une courte carrière de chanteur, interrompue à cause d’un accident vocal, je me suis entièrement consacré à Sylvanès, consolidant ma formation à la gestion des entreprises culturelles, même si je n’ai pas pour autant abandonné le chant, en me focalisant sur la pédagogie, essayant de transmettre à de jeunes chanteurs ce que l’on n’avait pas réussi à m’enseigner à moi-même, avec pour objectif de leur faciliter la tâche. J’anime donc à Pézenas mais surtout ici-même tout un cycle de formations, avec un atelier lyrique allant du jeune amateur au professionnel.
On rencontre, de fait, dans les programmations du Festival, de nombreux jeunes chanteurs professionnels auxquels, dans une optique d’insertion, on permet de mettre le pied à l’étrier, de se confronter au public et de vivre des expériences artistiques authentiques.

Quelques mots justement sur cette notion d’insertion par l’art lyrique ?
Je travaille surtout en réseau avec les Festivals, avec de grands pédagogues (certains du CNSM) qui viennent ici enseigner, des formateurs plus spécialisés en fonction des diverses esthétiques (baroque, romantique…). L’insertion, c’est avant tout donner aux jeunes chanteurs toutes les capacités pour trouver le maximum de leur expression vocale à travers une technique solide, une riche culture musicale, en leur permettant de travailler avec des chefs de chant et des chefs d’orchestre puis, enfin, de chanter face à un public.

Parlons du programme de ce concert : Des œuvres sacrées de grands compositeurs d’opéra…
La technique belcantiste est bien présente dans ces partitions où la voix est reine et se met au service d’une expression sacrée. Le concept du concert est intéressant car, production originale du Festival, il aura permis, pendant une semaine, à un atelier choral composé de choristes amateurs, venant de divers horizons, de s’engager dans un travail très exigeant sur le plan musical et vocal sous la direction d’un maître tel que Bernard Tétu et avec un quatuor de solistes professionnels. L’adaptation musicale pour piano et orgue est réécrite spécialement pour ce programme.

Quelques autres concerts dont vous pourriez nous parler ?
Après la musique sacrée italienne, nous aurons le soir-même un concert « Voir Naples et Chanter » qui mettra à l’honneur, avec l’ensemble Neapolis, les chants et la musique traditionnelle napolitaine.
D’autres concerts mettront également au premier plan la voix lyrique avec, le 10 août, à Millau, un récital piano-chant avec Bénédicte Roussenq consacré aux Invocations et Prières dans l’Opéra. Et également, le 18 août à Sylvanès, une « Nuit à l’Opéra » avec un quatuor de solistes (Cécilia Arbel, Emmanuelle Zoldan, Ju In Yoon et Sungkook Kim) accompagné au piano par Eric Laur, chef de chant de mes master-class, dans des extraits du répertoire lyrique du XIXème s.

Hervé Casini

Dimanche 21 juillet 2019