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​Rencontre avec Valentine Lemercier, artiste modèle pour la jeune génération d’interprètes lyriques.

Après avoir intégré le groupe « Opéra Junior » de Montpellier à l’âge de 16 ans, Valentine Lemercier est admise à18 ans au Conservatoire de Musique de San Francisco. De retour en France, elle étudie aux côtés de Chantal Bastide, soprano lyrique à la carrière glorieuse, et de la regrettée Michèle Voisinet, longtemps pianiste répétitrice et chef de chant à l’Opéra National de Paris. Tout récemment, Valentine intègre l’agence artistique Alma et travaille désormais avec Raphaël Sikorski.

Lauréate, en avril 2013, du Concours National de Chant de Béziers (prix Jeune Espoir) puis pensionnaire au CNIPAL (Centre National d’Insertion Professionnelle des artistes lyriques) pour la saison 2013-2014, la carrière de Valentine Lemercier démarre alors et on peut la retrouver dans diverses maisons d'opéras : Toulon dans le rôle de Varvara (Katia Kabanova), Mercedes à l'Opéra de Lyon (Carmen), Oreste, La belle Hélène à Vichy, Orlovsky dans La Chauve-souris en Avignon, Tisbé dans La Cenerentola à l'Opéra de Tours, Marguerite dans Jeanne au bûcher à Liège, Drogan, Geneviève de Brabant d'Offenbach à Montpellier, La Périchole (3ème cousine) à l'Odéon à Marseille, Flora dans Traviata à l'Opéra de Toulon, Kate Pinkerton dans Madama Butterfly aux Chorégies d'Orange. Valentine a également chanté Stephano dans Roméo et Juliette à l'Opéra de Toulon, Alisa dans Lucia di Lammermoor à l'Opéra de Tours ainsi que la troisième servante dans Elektra à la Philharmonie de Paris, sous la direction de Mikko Franck. On a également eu l’occasion de la retrouver, en 2018, dans le rôle-titre de La Belle Hélène à Mérignac, St Etienne et à l'Opéra National de Lorraine, sous la direction de Laurent Campellone puis dans Carmen (rôle-titre) et Rosine du Barbier de Séville à l'Opéra d'Avignon. En décembre 2018, Valentine enregistre sa première émission sur France Musique : « Génération Jeunes Talents ».

Nous l’avons rencontrée à Monte-Carlo, pour l’ouverture de la saison lyrique, où elle interprétait Alisa dans la production de Lucia di Lammermoor signée par Jean-Louis Grinda.
 
En l’espace de sept ans, votre carrière a pris une ampleur légitime et bien méritée : Quels en sont les jalons importants ?
Je ne sais pas si l’on peut vraiment parler d’ampleur mais c’est vrai que si je regarde en arrière, je réalise qu’à partir du moment où je suis sortie du CNIPAL et que j’ai commencé à avoir mes premiers engagements, j’ai rencontré des personnalités incontournables du monde lyrique et des chanteurs internationaux qui m’ont tous beaucoup apporté : Alain Duault, Ermonela Jaho, Marie-Nicole Lemieux, Béatrice Uria-Monzon ou Jean-François Borras… J’ai vécu, à leurs côtés, des moments exceptionnels au théâtre antique d’Orange , dans un cadre unique, que ce soit pour « Musiques en Fête » ou pour les productions d’opéra : Orange est un jalon important dans mon cœur et dans mes débuts de jeune artiste.
Je dirai ensuite que la production de Carmen à l’Opéra-Bastille, la saison dernière, en est un autre : chanter aux côtés d’une mezzo-soprano du calibre d’Anita Rachvelishvili constitue, pour un jeune artiste, une leçon de chant à chaque répétition !


Votre voix a considérablement évolué depuis sept ans…
Complètement. Ma voix s’élargit…tant dans le grave que dans l’aigu. C’est une évolution physiologique naturelle. J’ai commencé à chanter très jeune et, à 23 ans, je ne pouvais encore interpréter certains airs, ce qui est moins le cas désormais où, avec plus de maturité vocale, je m’ouvre à d’autres horizons et à des rôles plus exposés…
Ce sont ces petits changements que j’ai pu remarquer dans ma voix qui m’ont incité à demander conseil et à travailler, depuis quelques mois, avec un professeur tel que Raphaël Sikorski. Je me mets donc à travailler des airs avec lui, hors audition, qui me permettent d’améliorer ma technique.
Il faut cependant être patient et savoir s’écouter, tout en se faisant confiance…Pas mal de gens se retrouvent aujourd’hui autour de moi pour me dire que ma voix évolue du mezzo-soprano vers quelque chose de plus « dramatique », ce qui n’est pas une exception chez les voix intermédiaires !

Même si Alisa, dans Lucia di Lammermoor, n’est pas un personnage « principal », comment abordez-vous ce type de personnage, que vous allez d’ailleurs en partie retrouver, en décembre au Palais Garnier avec l’Adele du Pirate et, plus généralement, dans le reste de votre saison, avec des personnages tels que Melle Dangeville dans Adriana Lecouvreur ou Mercédès dans Carmen à Marseille ? Ces rôles, souvent qualifiés un peu péjorativement, autrefois, de « commodités », ont pourtant leurs exigences vocales et peuvent même faire avancer l’action…
Dans ce type de petit rôle, on a évidemment beaucoup moins de temps pour marquer les esprits,  faire ses preuves auprès du public et, finalement, prouver qu’on est capable de…faire autre chose !
Dans Alisa, il y a heureusement le sextuor qui me permet de faire tous les « La » sans qu’ils ne soient coupés ! Le maestro Roberto Abbado est d’ailleurs très content !!!
Ces rôles auxquels vous faites allusion mettent une certaine pression sur leur interprète car ils ne permettent pas le droit à l’erreur. Scéniquement, il faut également être présent, ce qui implique que l’on ne doit pas les sous-estimer.
Le rôle de Mercedes dans Carmen est également intéressant : il permet de faire éventuellement quelques contre-ut qui sont marqués.
Pour Adele dans Le Pirate, il y a des passages avec chœur, des récits et quelques phrases qui sont stimulantes pour moi.


Quels sont vos envies et vos rêves pour le futur proche ?
Dans le futur, je voudrais pouvoir aborder des rôles tels qu’Adalgisa dans Norma, déjà abordé sur scène dans une petite production, mais que je souhaiterais maintenant faire dans un « vrai » théâtre. Adalgisa correspond à mon type de voix actuelle car c’est un rôle hybride.
J’ai également hâte de refaire La Belle Hélène, La Grande Duchesse…et je continue à songer à Charlotte et, bien sûr, à Carmen si un metteur en scène n’a pas peur de mes cheveux blonds et de ma peau blanche (rires). 
Je voudrais également m’atteler au Mozart de Dorabella et d’Elvira. 
Il faut juste aujourd’hui que l’on m’en donne les opportunités !!!


Propos recueillis par Hervé Casini,
le 16/11/2019.