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 Stefano Visconti - Photo DR

Rencontre avec Stefano Visconti, chef des choeurs de l’Opéra de Monte-Carlo

Né à Livourne, chef de chœur permanent à l’Opéra de Monte-Carlo depuis 2007, Stefano Visconti a derrière lui une importante carrière dans la direction d’ensembles choraux de tout premier plan : auparavant en poste, sur la même fonction, au théâtre de Livourne (1991-2001), il est nommé, suite à concours, directeur du chœur à l’Opéra-Théâtre d’Avignon (2001-2007) tout en étant parallèlement chef de chœur au festival Puccini de Torre del Lago de 1999 à 2015. Stefano Visconti dirige, de 1984 à 2001, le Chœur polyphonique Guido-Monaco de Livourne, qui a remporté différents prix. Il a fondé, en 2000, le Chœur de chambre de Toscane et dirige, depuis 2008, les chœurs des soirées lyriques de Sanxay. I l est directeur artistique et musical du Chœur de chambre de Monte-Carlo. Stefano Visconti a réalisé plusieurs enregistrements, chez Foné, Agora et Kikko Classic, notamment de nombreux opéras de son compatriote livournais, Pietro Mascagni : L’Amico Fritz, I Rantzau, Lodoletta, Guglielmo Ratcliff, Silvano, Cavalleria Rusticana, Iris et. Nous l’avons rencontré à l’occasion des représentations de Lucia di Lammermoor, données en ouverture de la saison lyrique monégasque.

Quelles sont vos origines musicales et vos premiers pas dans le métier ? Comment en êtes-vous arrivé à la direction d’un Chœur ?
Je suis tout d’abord diplômé en piano du Conservatoire de ma ville natale, Livourne. Après avoir fini mes études de piano, j’ai commencé par hésiter entre une carrière de soliste ou d’accompagnateur de chanteur, au sein d’un théâtre. J’ai alors suivi le conseil de mon frère, musicien lui-même, qui m’a encouragé à aller auditionner pour un stage de direction de chœur à Florence : après ce stage, je me suis retrouvé inscrit dans un cours de formation professionnelle à l’Opéra de Florence et ai bientôt fait deux rencontres déterminantes dans ma carrière à venir : celle de Roberto Gabbiani (actuellement chef des chœurs de l’Opéra de Rome) et celle de  Fosco Corti (chef du Chœur de chambre de la RAI), hélas trop tôt décédé, qui ont, tous deux, été mes formateurs et que j’ai eu la chance d’avoir comme pédagogues. C’est à eux que je dois ma décision d’être devenu chef de chœur professionnel. Après Livourne et Torre del Lago, le grand changement dans ma vie va être la réussite à ce concours organisé pour l’Opéra d’Avignon, auquel je participe un peu par hasard en apprenant que ce théâtre recherche un chef de chœur. C’est en Avignon que je vais faire la connaissance de Jean-Louis Grinda qui, plus tard, me proposera de venir le rejoindre à Monaco.

A ce stade-là, vous n’aviez jamais manifesté la volonté d’embrasser la carrière de chanteur ?
En fait, j’ai toujours chanté, depuis l’âge de 6 ans : tout d’abord, dans le chœur de la paroisse, puis dans les chœurs du Conservatoire... Malheureusement, une forte allergie, qui m’empêchait pendant plusieurs mois de l’année de quasiment parler, m’a stoppé dans mon élan ! Et puis, il fallait faire un choix : après avoir accompagné pendant plusieurs années des artistes lyriques (ma première épouse, Fulvia Bertoli, était d’ailleurs mezzo-soprano et nous avons fait nombre de concerts ensemble…), j’ai donc décidé donc de me consacrer exclusivement à la direction de chœur.

Dans votre carrière, vous avez souvent eu l’occasion de manifester votre intérêt pour l’œuvre de Pietro Mascagni (que vous avez beaucoup enregistrée…) : au-delà du seul intérêt régional, pourquoi Mascagni ?
Mascagni était effectivement, tout d’abord, un choix quelque peu « imposé » par le poste que j’occupais dans la ville natale du musicien. Mais, très vite, je dois dire qu’au fil des productions, j’ai découvert un compositeur complètement différent de ce que l’on connaît habituellement de lui, à travers la seule Cavalleria Rusticana et qui se résume souvent à une mise en musique du Sud de l’Italie, des passions, de la jalousie… En travaillant de façon approfondie son œuvre, on découvre ainsi un compositeur hyper raffiné, au talent extraordinaire, n’ayant rien à envier au travail accompli par Puccini sur l’orchestre !!! Au fil du temps, je me suis donc passionné pour Mascagni, que nous avons beaucoup enregistré et interprété, y compris avec des œuvres pour le chœur…


Quel type de compétences nécessite la direction d’un chœur ? Il me semble avoir lu quelque part que vous considériez qu’il fallait, pour animer ce type de travail, des compétences de chef de cuisine !?
A Monaco, c’est d’autant plus vrai qu’il y faut les compétences d’un chef de cuisine… internationale (Rires) ! A la différence de Livourne, nous ne sommes plus ici dans de la cuisine régionale : on nous demande, de fait, d’aborder un répertoire extrêmement vaste : russe, allemand, anglais, explorant toutes les époques de l’Opéra (Mozart comme Wagner, Tchaïkovsky comme Glück ou Haendel, Bel Canto comme Verdi et « Giovane Scuola »…). En parallèle, on a crée à Monte-Carlo, avant Orange, Pop the Opera, un dispositif pédagogique orienté vers les collégiens et lycéens permettant de démocratiser l’accès à la musique classique auprès des jeunes. De même, on favorise la création d’ouvrages (tels que La marquise d’O… de René Koering, en 2009). Pour faire un répertoire aussi vaste, il faut disposer de chanteurs à la fois vraiment souples et ayant beaucoup de personnalité. Faire de l’ensemble de ces personnalités un groupe homogène, c’est effectivement ressembler au chef de cuisine qui doit mélanger beaucoup d’ingrédients pour faire un bon plat !
C’est pour cela que l’on peut dire, je crois, qu’être chef d’un chœur, c’est aussi difficile qu’être chef d’orchestre !
A Monaco, je participe directement aux auditions des choristes puis, à l’issue d’une première sélection, je fais passer individuellement un entretien pour mieux connaître l’éventuel futur titulaire. Je précise que le chœur de Monaco, c’est un effectif de 40 choristes permanents, auxquels pourront s’adjoindre, selon les spectacles, des supplémentaires…



Parlons du travail du Chœur dans Lucia di Lammermoor et, plus généralement, chez Donizetti et le Bel Canto romantique…
Selon moi, il s’agit du répertoire le plus difficile à mettre en place et à restituer du point de vue de la spécificité stylistique. Verdi est beaucoup plus facile à mettre en place, même dans ses ouvrages les plus exigeants, en ce sens que sa musique a un impact immédiat sur le choriste, lui arrivant « directement » en quelque sorte… Bellini et Donizetti sont tout en raffinement : avec eux, on ne peut pas se tromper d’une syllabe qui ne serait pas bien prononcée, d’une couleur qui serait déplacée…On se doit, ici, d’être extrêmement attentif à l’élégance de l’ensemble, à l’accompagnement que le chœur doit faire dans les concertati, en prenant garde que la note ne soit pas trop courte, que la couleur soit la bonne… : c’est souvent très angoissant  (rires) !

Etes-vous un chef de chœur heureux et que projetez-vous dans l’avenir ?
Je peux affirmer être à Monaco un chef de chœur heureux : j’ai tout d’abord un directeur qui adore les chœurs et qui fait tout son possible pour que celui de l’Opéra soit toujours à son meilleur. Il me soutient dans mes choix, ma programmation, mon travail et je me sens toujours épaulé par lui : c’est très appréciable ! Je dispose ensuite d’un effectif de 40 artistes que j’ai la possibilité de sélectionner comme je veux et qui sont, tout simplement, formidables ! On a, de même, ici un excellent orchestre avec des chefs de haut niveau : ce qui est très motivant pour nous tous.
Après, c’est vrai, il y a les œuvres qu’il me ferait plaisir de voir monter ici : Iris, de Mascagni, que j’ai déjà fait deux fois mais que j’aimerais reprendre… Dans le symphonique, la VIIIème symphonie de Mahler fait partie de mes rêves tout comme le War Requiem de Britten !



Propos recueillis par Hervé Casini,
le 16/11/2019.