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Rencontre avec Héloïse MAS, A l'occasion de la Périchole à l'Odéon de Marseille



Quels ont été votre formation et vos débuts ?
J’ai étudié le piano et l’orgue. Mon premier professeur, Robert Boschiero, du conservatoire Gauthier d’Epinal, m’a présentée à la soprano Elena Vassilieva qui m’a convaincue de faire du chant ma profession. J’ai intégré en 2010 le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon où j’ai eu pour professeurs Isabelle Germain et Fabrice Boulanger et où j’ai obtenu mon master de chant en 2015. J’ai participé à l’enregistrement de l’album de Joyce DiDonato Stella di Napoli et j’ai été sélectionnée par Sonia Nigoghossian et Françoise Pétro dans le cadre des « Révélations Talents classiques 2014 » de l'ADAMI. 

Aviez-vous, dans votre enfance, déjà assisté à une œuvre lyrique ?
Le premier opéra que j’ai entendu en CD était Le Barbier de Séville avec Placido Domingo et Teresa Berganza. Ma maman l’écoutait dans la voiture. La première œuvre lyrique à laquelle j’ai assisté était Tannhäuser de Wagner, à Nancy, à l’Opéra National de Lorraine. J’avais 11 ou 12 ans, j’étais au bord de mon siège et je ne voulais pas que ça s’arrête !...

Quels ont été vos débuts ?
Lorsque que j’étais au Conservatoire Gauthier d’Epinal en 2009 en tant qu’étudiante, j’ai interprété le rôle d’Alexis dans L’Ile de Tulipatan d’Offenbach avec l’Orchestre d’Héricourt dirigé par Dominique Defaux. Ce fut ma première expérience d’une œuvre lyrique complète. La deuxième avait pour cadre les Scènes Lyriques du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon dans La Chauve-Souris de Johann Strauss où j'incarnais le Prince Orlofsky. Le metteur en scène Benoît Bénichou m’a offert mon « vrai » premier rôle qui en était en fait 6 ! C’était une reprise d’une double production Trouble in Tahiti - L’enfant et les sortilèges au Théâtre de Caen : je chantais une des filles du trio de jazz dans l’œuvre de Bernstein, puis la bergère, le pâtre, la chatte, la libellule et l’écureuil dans celle de Ravel. Il n’y avait que 90 secondes pour le dernier changement de costume, elles étaient cinq habilleuses à m’aider, toutes en même temps ! C’était une sacrée première expérience !... 

Vous venez d’interpréter le rôle de Périchole à l’Odéon de Marseille quel est votre ressenti ? 
Je l’avais déjà joué au festival d’été du Domaine d’Ô de Montpellier, dans la mise en scène d’Olivier Desbordes et sous la direction de Jérôme Pillement. J’étais impressionnée de m’exprimer dans un aussi vaste amphithéâtre de plein air pour la première fois…. Reprendre un rôle que l’on a déjà investi est extrêmement intéressant ! On y découvre de nouvelles sensations vocalement, physiquement, émotionnellement… La compréhension que l’on a du personnage lorsqu’on le travaille est indubitablement lié à qui l’on est en tant que personne, ce que l’on a vécu. Retrouver cette Périchole, cinq ans plus tard et dans une nouvelle production, était assez troublant… Certaines choses étaient les mêmes, mais d’autres avaient tellement plus de profondeur !… Et partager ces nouvelles émotions avec des amis sur le plateau rendait l’expérience encore plus merveilleuse !

Votre meilleur souvenir artistique ?
J’en ai beaucoup ! Certains pensent que c’est ma première Carmen au Grand Théâtre de Genève, mais en fait, j’étais tellement stressée que je n’en ai pas beaucoup profité ! La finale du concours Reine Elisabeth me vient aussi à l’esprit : tout le concours, vraiment. J’ai pu y montrer qui j’étais artistiquement, plus qu’à n’importe quelle compétition de chant jusqu’alors, et c’était un gros tournant dans mon univers vocal également : la première fois que je présentais un répertoire plus lourd, correspondant à ce vers quoi ma voix se dirige doucement.

Quels ont été vos derniers rôles, quelle est votre actualité et quels sont vos projets ?
Sur ces deux dernières années, j’ai chanté Le Roi Carotte d’Offenbach à l’Opéra de Lille, Siébel de Faust à l’Opéra de Monte-Carlo, ensuite, dans Carmen, le rôle-titre et celui de Mercédès au Grand Théâtre de Genève puis, dans ce même théâtre, Siegrune dans La Walkyrie, le rôle de Boulotte dans Barbe Bleue à l’Opéra de Lyon puis à celui de Marseille. Dans les prochaines semaines, j’interprèterai le Prince dans Cendrillon de Massenet à Limoges, puis Tisbe dans La Cenerentola de Rossini au Grand Théâtre de Genève pour cette fin de saison. Nous avons un gros projet de démocratisation de la musique classique et du renouvellement de ses publics avec le London Handel Orchestra et Laurence Cummings à la baguette. C’est encore un peu secret mais il devrait être présenté bientôt et je frémis d’impatience !!! 

Quels sont les rôles que vous n'avez pas encore abordés et que vous souhaiteriez interpréter ?
Il y en a tellement !... Romeo dans I Capuleti ed i Montecchi de Bellini, Giovanna Seymour dans Anna Bolena de Donizetti, Nicklausse dans Les Contes d’Hoffmann, Hansel dans Hansel und Gretel de Humperdinck, Charlotte dans Werther… Je regarde, encore de (très) loin, le rôle de Kundry dans Parsifal qui fait partie de mes grands rêves ! Sans parler de tout le répertoire mélodique !

Quels sont vos rêves ?
Faire ressentir des émotions aux spectateurs. Cela peut paraître un peu niais dit ainsi, mais pour moi, la musique, quelle qu’elle soit, c’est avant tout de l’émotion, et j’aimerais la partager avec le plus de monde possible ! Et montrer aux gens que la musique classique n’est pas « has been » ou élitiste. Il faut passer outre les idées et jugements préconçus et écouter avec son cœur plutôt que sa tête.

Propos recueillis par Christian Jarniat
11 mars 2020